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13.05.2008

La fin des Peacelines?

Ian Paisley, Premier ministre nord-irlandais jusqu'à la fin du mois, a exprimé le souhait que le travail commence pour mettre à bas les peacelines. Ce n'est pas la première fois qu'une telle intention est émise. A Belfast, le Belfast Interface Projet est un des acteurs-clés pour solutionner ce problème. Il s'attèle depuis 1995 à réduire les conflits et à régénérer les interfaces.

Par ailleurs, si vous souhaitez en savoir plus sur les peacelines, je vous renvoie à l'article que je viens d'écrire pour le magazine "Libertés" d'Amnesty international : "Murs physiques, barrières mentales".

26.01.2008

Division, multiplication et écologie

Selon un récent rapport de la Royal Institution of Chartered Surveyors (RICS), la division de la société nord-irlandaise serait lourde de conséquences en termes d'empreinte écologique, rapporte The NewsLetter. Et de fait, il a fallu souvent dédoublé certaines services, afin de répondre aux besoins des communautés repliées sur elles-mêmes. Pas question, en effet, pour un Catholique de fréquenté le même service qu'un Protestant et vice-versa. Plus qu'une aversion pour l'autre communauté, la peur explique plus sûrement ces comportements. La création "d'espaces partagés" s'avérerait des plus bénéfiques sur les plans social, économique et environnemental. Il existe déjà différents projets "partagés" à Belfast, tel celui de Duncairn Gardens, de Stewartstown Road (1 et 2) ou de l'Ashton Center.

15.06.2007

Stewartstown Road Regeneration Project - 2

Juin 2002, je retourne sur le site du Stewartstown Road Regeneration Project (voir "Stewartstown Road Regeneration Project - 1"). Que de changements!

Trois ans plus tard, un supermarché a effectivement été construit sur la peaceline. La peaceline semble s’être quelque 18af599af52a8eac4bd54a15634db643.jpgpeu adoucie. Les thuyas et les grilles métalliques ont disparu et la route est fermée de manière plus esthétique : les tôles ont cédé la place à une porte de métal plus nette. Un immeuble neuf trône devant l’ancien : il accueille au rez-de-chaussée le bureau de poste et deux ou trois commerces. Certains éléments de la peaceline ont néanmoins été conservés pour des raisons de sécurité, mais les changements opérés vont dans le bon sens.

A l’étage du bâtiment, se trouvent les bureaux destinés à accueillir les services sociaux. Certaines pièces sont encore en chantier, mais plus pour longtemps. J'y retrouve John Hoey, un géant de deux mètres, à qui je donne 45 ans. Gestionnaire du bâtiment, il est actif dans le Stewartstown Road Regeneration Project depuis février 2001. Ce projet de revitalisation urbaine s’appuie sur des financements régionaux, nationaux, européens et internationaux. Il nous explique que le e0f5cec8d69b7b4f9b5044726906f58c.jpgbureau des directeurs du projet est composé d’un nombre égal de membres de Lenadoon et de Suffolk. En plus de cela, les contacts structurels entre les deux communautés sont nombreux. Dans le bâtiment, chaque communauté dispose du même espace de bureaux à l’étage. « Chacune a signé son bail à la même date selon les mêmes termes et les mêmes conditions, raconte John. Ce bâtiment sera utilisé par les deux communautés qui ont un droit équivalent à le posséder et à se trouver à l’intérieur. Des gens à revenus modestes viendront ici pour accéder aux services publics mis à leur disposition. Dans le hall central, une série d’équipements leur permettra de prendre une tasse de café ou de manger leur repas de midi et d’interagir avec les autres dans un cadre convivial. Au rez-de-chaussée, le bureau de poste et les magasins fournissent des services à l’usage des deux communautés, au même titre que le supermarché. La poste va par ailleurs engager des personnes issues des deux communautés. Enfin, tout projet futur (crèche, espace de jeux…) s’inscrira dans la même logique d’ espace partagé. »

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07.06.2007

Cartographie de peacelines - Belfast

Dans la catégorie "outils" pour comprendre Belfast, je vous recommande le Belfast Interface Project. Son directeur, Chris O'Halloran, m'a aidé à faire mes premiers pas dans Belfast.

Vous pourrez découvrir sur son site internet une carte interactive commentée des peacelines à Belfast. Ces mini-murs de Berlin cloisonnent nombre de quartiers. Elles se développent au fil du temps, y compris depuis la fin du conflit (1998). Tout récemment, dans le quartier de Springhill à elfast Ouest, des Catholiques auraient même demandé qu'on rehausse une peaceline pour les protéger d'autres... Catholiques.

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28.05.2007

Stewartstown Road Regeneration Project - 1

Le Stewartstown Road Regeneration Project est un projet dont j'ai pu suivre l'évolution à diverses occasions. J'en touche d'ailleurs un mot dans mes "Chroniques belfastoises". Ma première visite remonte au mois d'août 1999. J'y avais rencontré Jean Brown, une travailleuse communautaire protestante.

 

Situé à l’extrémité de Belfast Ouest - majoritairement catholique -, ce projet de revitalisation urbaine concerne l'enclave protestante de Suffolk et le quartier catholique de Lenadoon. Il se situe sur la peaceline de Stewartstown Road qui sépare les deux communautés. Je m’étais rendu sur place lors de mon premier séjour, sur le conseil de Chris O'Halloran, coordinateur du Belfast Interface Project. Le bus m’avait déposé à l’angle de Suffolk Road et de Stewartstown Road. Un énorme fortin militaro-policier, rehaussé d’un mirador en béton entièrement grillagé, se dressait sur le coin. J’avais alors traversé la route pour me retrouver dans le parking d’un bâtiment abritant un bureau de poste et quelques commerces, dont l’étage supérieur avait été condamné, s’il fallait se fier à ses fenêtres aveugles. Dans le prolongement, sur la gauche du bâtiment se trouvait une route fermée par des tôles épaisses, garnies sur leur sommet f52e6e4687dfa6bbf4c468be0d18981f.jpg93616c834195dbf4c178fc15a92aafa5.jpgbf301c106e7e56672cca226b7fb78ca2.jpgde barbelés. Puis venait une rangée de maisons sociales délabrées, dont les fenêtres du rez-de-chaussée et les portes d’entrée étaient couvertes de grillage pou se prémunir de jets de pierre, de bombes incendiaires et autres projectiles. Face à elles se dressaient de haut thuyas et des grilles métalliques servant à protéger les habitants d’éventuelles incursions de nationalistes catholiques. J’étais passé derrière cette peaceline et j’avais longé les maisons abandonnées en apparence. L’une d’elles abritait pourtant les bureaux de services sociaux protestants. Jean Brown, une femme d’une cinquantaine d’années, m’avait reçu. Elle m’avait décrit le processus de rapprochement des deux communautés, les obstacles, les espérances. Elle m’avait expliqué que la maison dans laquelle nous nous trouvions, ainsi que ses voisines, allait disparaître pour céder la place à un centre commercial. Un bâtiment moderne plus vaste devait remplacer l’actuel qui abritait la poste et les petits commerces. Ceux-ci seraient relogés dans le nouvel immeuble qui accueillerait en plus, à l’étage supérieur, les services sociaux des deux communautés. « Ce projet est idéal pour le futur, commentait Jean alors. Il devrait permettre de créer de l'emploi au niveau local et de favoriser à long terme le mélange des deux communautés. Il réussira, parce qu’il est porté par les habitants. »

(...)

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15.05.2007

Revitalisation économique à Duncairn Gardens

Pour illustrer mon propos sur le Centre d'entreprises de Belfast Nord - appelé localement North City Business Centre -, j'ai repuisé quelques extraits dans mon ouvrage "Un été à Belfast". Le constat et l'interview datent de juin 2002, mais on sait que la revitalisation d'un quartier en crise ne se fait pas en un jour (voir : La f(r)acture sociale des Troubles). Et cela vaut pour n'importe quelle ville d'europe... Le North City Business Centre loue des espaces pour des PME, offre des services aux entreprises à ses locataires (salle de conférences, etc.) et aux PME installées dans le quartier, soutient les candidats souhaitant créer leur propre entreprise (conseils, formation, plan financier, aide à la recherche de fonds de départ).
Située dans le Nord de la ville, à deux pas du centre, cette rue légèrement en pente a dû connaître des jours meilleurs. En plein milieu d’après-midi, elle est déserte. Des grilles métalliques quadrillées couvrent les fenêtres de certaines habitations. Rempart utile contre les 4870dd513d61fcf559a02111fd1e652b.jpgjets de pierres, de cocktails Molotov ou pire encore. D’autres maisons sont abandonnées : leurs portes et fenêtres sont murées. Quelques-unes sont à vendre. Mais je doute que les candidats acquéreurs se bousculent au portillon. Tout Duncairn Gardens n’est qu’une interface ! Sur le trottoir d’en face, des industries sont calfeutrées derrière des murs d’enceinte et des portes de métal. En bas de la rue, à gauche, une rue peu engageante affiche son appartenance à la couronne d’Angleterre, à grand renfort de drapeaux britanniques. À un poteau, un bouquet de fleurs. Un jeune de 16 ans est mort en début d’année. Une bombe, qu’il s’apprêtait à jeter en direction de la police, lui a explosé dans la main. D’après un magazine local, près de 80 % des habitants de Tiger’s Bay sont sous antidépresseurs. Le chômage, de faibles revenus, la tension permanente, l’impossibilité de déménager faut de moyens, l’absence d’un futur souriant, sont autant de facteurs qui les ont brisés. Juste en face, sur la droite, un centre d’entreprises se dresse, protégé par de hauts murs. Derrière se trouve le quartier catholique de New Lodge. (...)
« Avant, Duncairn Gardens comptait des maisons de chaque côté de la route, précise Neil Jarman, directeur de l'Institute for Conflict Research. Aujourd’hui, le bas de la rue a été réaménagé et des unités de production industrielle ont été créées pour attirer les gens, en partant du principe que les gens pourront venir tant du quartier protestant que du quartier catholique [sans devoir traverser le territoire de l'autre communauté]. Cette revitalisation économique s’est progressivement étendue au haut de la rue avec l’arrivée de différents entrepreneurs et de petites entreprises qui se sont lancées. À terme, les maisons vont être abattues. Duncairn Gardens fonctionnera alors comme un espace partagé, mais aussi comme une barrière. On aura donc un espace mort en termes résidentiels, constitué uniquement d’industries et de commerces, mais il permettra à chacun des deux quartiers de ne plus être visible par l’autre, tout en créant des emplois et des retombées économiques qui profiteront aux deux côtés. » Neil reste conscient que cette initiative ne va pas pour autant mettre fin à la ségrégation, mais il estime qu’elle va modifier la nature de l’interface. « Il y a beaucoup de formes de ségrégation ici. Les peacelines que les gens voient en sont une, mais la ségrégation économique existe aussi. »

14.05.2007

La f(r)acture sociale des Troubles

On en parle peu, mais les conséquences sociales du conflit en Irlande du Nord sont lourdes. Quartiers en crise, absence de formation, chômage, chancres industriels, logements dégradés, services de proximité inexistants, environnement insécurisant font partie de l'héritage du conflit. Sans doute est-ce pour cela que lors des élections, les partis ont été attentifs à mettre l'accent sur les enjeux sociaux, économiques, environnementaux et de bien-être, plutôt que sur le rapport de force communautaire?

La dernière newsletter d'Urbact consacre un reportage fort intéressant sur l'Ashton Centre situé dans le quartier catholique de New Lodge, un quartier catholique réputé dur de Belfast Nord. Véritable patchwork de communautés, cette partie de la ville a connu nombre d'émeutes. L'Ashton Centre est un centre communautaire qui procure des formations professionnelles et aide les habitants dans leur recherche d'un emploi.

Dans une prochaine note, je vous parlerai du Centre d'entreprises de Belfast Nord, implanté sur la peaceline de Duncairn Gardens.