03.04.2009
C'était un vendredi
Le 10 avril prochain, cela fera 11 ans que l'accord de paix a été conclu en Irlande du Nord. Chose amusante, le vendredi saint tombe cette année le 10 avril 2009, renvoyant ainsi à l'accord éponyme conclu 11 ans plus tôt. Du moins, c'est ainsi qu'on le nomme dans les pays à dominante catholique. C'est ainsi que les Catholiques d'Irlande du Nord ont coutume de l'appeler Accord du Vendredi Saint (Good Friday Agreement). Pour leur part, les Protestants d'Ulster l'ont baptisé Accord de Belfast (Belfast Agreement). Eh oui, la religion protestante ne reconnaît pas les saints. On a tendance à l'oublier. Comme quoi, les expressions sont piégées et peuvent trahir le back-ground culturello-religieux.
17:55 Publié dans Actu, Culture, Frontières et territoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vendredi saint, belfast
01.04.2009
Dissidents en baisse, police en hausse
D'après le Premier ministre nord-irlandais, Peter Robinson, des "républicains" - entendez des "Catholiques" - ont fourni des informations à la police permettant l'arrestation de dissidents républicains (The News Letter). Une telle chose aurait été tout à fait impensable pendant "les Troubles". Une preuve supplémentaire du déclin du phénomène paramilitaire au sein des communautés catholiques.
Par ailleurs, on signalera que la police nord-irlandaise compte à ce jour 26 % de Catholiques (BBC). L'objectif est d'atteindre 30 % d'ici 2011. L'accord de paix de 1998 avait prévu un recrutement 50/50 des Catholiques et des Protestants. L'accord de Saint-Andrew, survenu en 2006, a précisé que l'imposition de ce recrutement perdurerait jusqu'à ce 30 % des effectifs de la police soient Catholiques.- après cela le recrutement se poursuivrait normalement.
Jusqu'en 1998, la police nord-irlandaise comptait 8 % de Catholiques. Ces derniers étaient souvent victimes de harcèlement moral de la part de leurs collègues protestants. Dans le même temps, ils étaient considérés comme des cibles prioritaires pour l'IRA. Au cours des Troubles, 300 policiers - toutes origines confondues - ont été tués, dont 277 du fait de l'IRA.
Il a également été procédé à l'engagement de 31 policiers issus de groupes minoritaires (Pakistanais, Afro-antillais, Chinoise et Indiens).
La proportion de femmes est passée de 12 % en 2001 à 23,43 % aujourd'hui.
10:16 Publié dans Actu, Frontières et territoires | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ira, police, dissidents républicains
19.03.2009
L'école, vecteur de réconciliation?
La dernière livraison du Courrier international consacre un article fort intéressant à l'Irlande du Nord : La réconciliation passe par l'école.
Je souscris à cette approche avec quelques nuances, sachant que les cours de recréation et abords d'école servent à régler bien des comptes. Il ne faut pas s'imaginer que les enfants sont des anges. Par ailleurs, je ne peux rejoindre l'auteur de l'article concernant l'usage des taxis. Son analyse vaut pour les taxis communautaires, mais il existe de plus en plus de taxis non-communautaires qui passent allégrement d'une communauté à l'autre.
Ces remarques étant posées, l'analyse est tout à fait correcte concernant le manque d'écoles intégrées et la volonté de contrôle des réseaux sur leurs écoles respectives.
09:00 Publié dans Actu, Frontières et territoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écoles
18.03.2009
Une police pour tous, un changement majeur
Si la police nord-irlandaise reste une cible de choix pour les dissidents, les rapports avec la population s'améliorent.
En septembre 2008, l'Institute for Conflict Research avait édité une étude concernant les rapports entre la police et les communautés catholiques et protestants : Policing Loyalist and Republican Communities: Understanding key issues for local communities and the PSNI. En ces temps "troublés", il est utile de s'y référer pour mieux comprendre les avancées dans le domaine et les enjeux à venir.
Dans les quartiers catholiques (républicains), le rapport avec la police a longtemps été conflictuel. Ces lieux étaient le plus souvent des zones non-droit contrôlées par l'IRA. Le fait que le Sinn Fein soutienne la police (PSNI) permet de changer l'approche. Aujourd'hui, les Catholiques attendent des résultats de la police et qu'elle soit visible.
Côté protestant (loyaliste), pendant longtemps il y a eu une identification avec la police (à 92 % protestante durant le conflit). Actuellement, elle n'est plus perçue comme le défenseur des intérêts protestants, d'où une certaine désaffiliation. Certains sont persuadés qu'ils sont délaissés au profit des intérêts catholiques.
L'enjeu majeur pour la police est donc d'établir de nouvelles formes de collaboration, tant avec les communautés catholiques qu'avec les communautés protestantes. Pour ce faire, il faut trouver des relais locaux. La police doit aussi apprendre à connaître les initiatives et programmes des communautés avec lesquelles des partenariats sont possibles. Quoi qu'il en soit, si certaines sensibilités restent à fleur de peau, tous s'accordent pour reconnaître l'importance d'avoir - y compris sur le plan symbolique - une police reconnue et soutenue par tous les partis politiques et la majorité des communautés locales.
12:00 Publié dans Actu, Frontières et territoires | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : paramilitaires, ira, psni, républicains, loyalistes
16.03.2009
Du bon usage des émeutes
Evitons toute mauvaise interprétation des émeutes actuelles. Elles ne sont pas synonymes d'un retour des "Troubles" en Irlande du Nord, comme certains l'affirment.
On en parle peu, mais les émeutes ont longtemps été monnaie courante en Ulster. En 2002, certaines endroits connaissaient deux à trois émeutes par semaine. La toute récente arrestation de Colin Duffy, un ancien senior de l'IRA, et de Declan McGlinchey, fils d'un leader de l'INLA, ont mis le feu aux poudres dans certains quartiers. Cela ne veut pas dire pour autant qu'elles ont forcément une connotation politique.
A l’origine de celles-ci émeutes, on trouve essentiellement des jeunes, commente Neil Jarman Neil Jarman, directeur du Conflict Research Center. Par le passé, ils ont été abondamment utilisés comme piétaille par les paramilitaires. Ca peut toujours être le cas aujourd’hui, si les relais politiques des dirigeants des communautés ont un intérêt à créer des troubles. Ils peuvent également préférer que le secteur soit calme.
« Mais aujourd’hui, le moteur principal des émeutes, c’est l’ennui, explique-t-il. Parce que les jeunes n’ont rien d’autre à faire, ils traînent près des endroits à risque, s’arrangent pour se battre entre eux et se lancer des pierres. On parle alors ‘d’émeute récréative’. Ce n’est pas forcément sectaire en soi. Ce sont seulement des problèmes de jeunes désœuvrés, qui ne savent pas quoi faire, ne disposent pas d’argent ou de revenus, et qui sont peu scolarisés. » Pour Neil, il y a beaucoup de constantes avec les émeutes. Parfois, elles surviennent à cause de tensions politiques, d'autres fois parce qu'il y a eu une émeute la nuit d'avant et qu'il était impossible de déterminer qui était le vainqueur. D’autres prétextes servent de déclencheurs aux émeutes.
Aujourd'hui, les forces de l'ordre deviennent désormais la cible des émeutiers, mais ce phénomène n'est pas propre à l'Irlande du Nord.
17:44 Publié dans Actu, Frontières et territoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : émeutes, ira, inla, psni, colin duffy, declan mcglinchey
13.11.2008
Ségrégation spatiale, impacts quotidiens
L'ICR (Institute for Conflict Research) a publié en septembre dernier une étude intitulée "Segregated Lives : Social Division, Sectarianism and Everyday Life in Northern Ireland". Elle fait le point sur la manière dont les différentes formes de ségrégation (sociales et religieuses) affectivent la vie quotidienne des Nord-Irlandais. Cela concerne autant l'accès au logement, le travail, l'école, le shopping, les loisirs et les activités sociales. Cette recherche a été menée pendant 17 mois avec l'appui financier du Community Relations Council, dans le cadre de l'European Support Programme for Peace and Reconciliation.
L'étude montre combien ces divisions jouent un rôle dans différents environnements et quel est l'impact sur les habitants, comment ces divisions varient à différents moments de la journée et suivant les saisons. Les auteurs émettent une série de recommandations en vue d'une discussion plus large sur la construction de la paix et le développement d'un futur partagé durable en Irlande du Nord. L'intégralité de la recherche est téléchargeable sur ce lien.
18:30 Publié dans Actu, Frontières et territoires | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : institute for conflict research, ségrégation
13.05.2008
La fin des Peacelines?
Ian Paisley, Premier ministre nord-irlandais jusqu'à la fin du mois, a exprimé le souhait que le travail commence pour mettre à bas les peacelines. Ce n'est pas la première fois qu'une telle intention est émise. A Belfast, le Belfast Interface Projet est un des acteurs-clés pour solutionner ce problème. Il s'attèle depuis 1995 à réduire les conflits et à régénérer les interfaces.
Par ailleurs, si vous souhaitez en savoir plus sur les peacelines, je vous renvoie à l'article que je viens d'écrire pour le magazine "Libertés" d'Amnesty international : "Murs physiques, barrières mentales".
10:25 Publié dans Actu, Frontières et territoires, Politique urbaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : peaceline, belfast, paisley
26.01.2008
Division, multiplication et écologie
Selon un récent rapport de la Royal Institution of Chartered Surveyors (RICS), la division de la société nord-irlandaise serait lourde de conséquences en termes d'empreinte écologique, rapporte The NewsLetter. Et de fait, il a fallu souvent dédoublé certaines services, afin de répondre aux besoins des communautés repliées sur elles-mêmes. Pas question, en effet, pour un Catholique de fréquenté le même service qu'un Protestant et vice-versa. Plus qu'une aversion pour l'autre communauté, la peur explique plus sûrement ces comportements. La création "d'espaces partagés" s'avérerait des plus bénéfiques sur les plans social, économique et environnemental. Il existe déjà différents projets "partagés" à Belfast, tel celui de Duncairn Gardens, de Stewartstown Road (1 et 2) ou de l'Ashton Center.
18:40 Publié dans Actu, Frontières et territoires, Politique urbaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : belfast
31.08.2007
Gordel et "marches orangistes"
L'été a été relativement calme en Irlande du Nord. La "saison des marches" protestantes s'est déroulée pour ainsi dire sans incidents. Plusieurs observateurs locaux m'ont souvent expliqué que le problème d'une parade orangiste n'était pas forcément la parade elle-même, mais le fait qu'elle soit vécue comme une provocation par l'autre communauté. Un peu comme le "Gordel" en Belgique. Soulignons que lors de ces événements, l'émotionnel l'emporte largement sur le rationnel (relire "La surenchère du mépris").
Logique territoriale
Lors de ces événements, deux logiques s'affrontent : l'une territoriale, l'autre démographique ; ou pour faire plus "belge", le "droit du sol" et le "droit des gens".
En Irlande du Nord, pour les Protestants, il est normal de défiler dans des quartiers qui sont "historiquement" protestants. Pour les Catholiques, il est anormal que les parades orangistes passent par des quartiers devenus "démographiquement" catholiques. Ils y voient une provocation de la part de l'autre communauté.
En Belgique, le "Gordel" se retrouve pris dans une dynamique d'opposition similaire. Le "Gordel" est une promenade cycliste, à caractère politique (et sportif), qui vise à rappeler chaque année le caractére flamand de la périphérie bruxelloise, même si celle-ci est aujourd'hui majoritairement francophone sur le plan démographique. Dès lors, si pour les Flamands il est normal de défiler sur un territoire qui est "historiquement" flamand, les francophones de la périhérie vivent cela comme une provocation.
Affrontements
Il n'est guère utile de rappeler ici que les marches protestantes se sont souvent illustrées par des émeutes et d'autres actions violentes. Certains membres de la communauté catholique ont été à l'origine de maints jets de pierres, cocktails molotov, bombes artisanales et autres en direction de ces défilés. Avec le processus de paix, le dialogue domine toutefois et la violence est en voie de régression.
Fort heureusement, le "Gordel" ne connaît pas de tels affrontements. Toutefois, les organisateurs enregistrent chaque année des "actes de sabotage" : poteaux de signalisation modifiés ou retirés, clous jetés sur la chaussée par milliers en vue de crever les pneus des vélos et arbres abattus en travers du parcours. En 2006, la Libre Belgique rapportait qu'un avocat francophone affilié au barreau de Bruxelles avait été arrêté par la police, alors qu'il répandait des clous sur le trajet du Gordel. Ce juriste confirmé devait pourtant bien être au fait des risques qu'il encourait, son acte équivalant à du vandalisme. Cette année, les organisateurs du Gordel redoutent encore davantage de tels actes d'hostilité de la part des francophones, vu l'exacerbation des tensions communautaires qui ont résultées des "négociations" gouvernementales.
Chacun sa promenade ou sa parade "festive"
Il est également étrange - ou logique - que dès que l'autre communauté organise sa parade ou sa promenade cycliste ("La Saint-Patrick" en Irlande du Nord ou "La Promenade verte" à Bruxelles), cela soit également perçu comme une provocation par la première communauté. Bien entendu, dans les deux cas, les organisateurs estiment légitime d'organiser cet événement et s'étonnent de la réaction offensée de l'autre communauté.
On observera aussi que les divers organisateurs insistent sur le caractère familial et festif de ces parades et autres promenades, sous-entendant qu'elles n'auraient aucun impact sur le plan politique.
Faut-il y voir de la naïveté ou de l'aveuglement? A moins qu'il ne s'agisse tout simplement d'hypocrisie...
10:45 Publié dans Belgique, Frontières et territoires | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : belgique, périphérie, bruxelles, marche orangiste, gordel, belfast
15.06.2007
Stewartstown Road Regeneration Project - 2
Juin 2002, je retourne sur le site du Stewartstown Road Regeneration Project (voir "Stewartstown Road Regeneration Project - 1"). Que de changements!
Trois ans plus tard, un supermarché a effectivement été construit sur la peaceline. La peaceline semble s’être quelque
peu adoucie. Les thuyas et les grilles métalliques ont disparu et la route est fermée de manière plus esthétique : les tôles ont cédé la place à une porte de métal plus nette. Un immeuble neuf trône devant l’ancien : il accueille au rez-de-chaussée le bureau de poste et deux ou trois commerces. Certains éléments de la peaceline ont néanmoins été conservés pour des raisons de sécurité, mais les changements opérés vont dans le bon sens.
A l’étage du bâtiment, se trouvent les bureaux destinés à accueillir les services sociaux. Certaines pièces sont encore en chantier, mais plus pour longtemps. J'y retrouve John Hoey, un géant de deux mètres, à qui je donne 45 ans. Gestionnaire du bâtiment, il est actif dans le Stewartstown Road Regeneration Project depuis février 2001. Ce projet de revitalisation urbaine s’appuie sur des financements régionaux, nationaux, européens et internationaux. Il nous explique que le
bureau des directeurs du projet est composé d’un nombre égal de membres de Lenadoon et de Suffolk. En plus de cela, les contacts structurels entre les deux communautés sont nombreux. Dans le bâtiment, chaque communauté dispose du même espace de bureaux à l’étage. « Chacune a signé son bail à la même date selon les mêmes termes et les mêmes conditions, raconte John. Ce bâtiment sera utilisé par les deux communautés qui ont un droit équivalent à le posséder et à se trouver à l’intérieur. Des gens à revenus modestes viendront ici pour accéder aux services publics mis à leur disposition. Dans le hall central, une série d’équipements leur permettra de prendre une tasse de café ou de manger leur repas de midi et d’interagir avec les autres dans un cadre convivial. Au rez-de-chaussée, le bureau de poste et les magasins fournissent des services à l’usage des deux communautés, au même titre que le supermarché. La poste va par ailleurs engager des personnes issues des deux communautés. Enfin, tout projet futur (crèche, espace de jeux…) s’inscrira dans la même logique d’ espace partagé. »
17:05 Publié dans Frontières et territoires, Politique urbaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : belfast, ville, peaceline, politique urbaine

